Voila petit texte que j'ai écrit pour un forum d'écriture :
Elle vint à moi d'un coup, subitement, comme un orage d'été noircissant le ciel en quelques secondes. J'étais elle et elle était moi, cela commença...
Une forêt. Ma main sur les troncs rugueux des arbres, comme pour sentir un bébé bouger dans le ventre d'une femme, un contact pour sentir la vie... Les ombres jouaient avec les rayons du soleil perçant à travers la canopée, comme deux enfants s'amusant dans une constante innocence. L'odeur de l'humus m'emplit les narines, une odeur légèrement âcre, une odeur me ramenant à la vie, la vie qui dansait sous mes yeux. Les verts exerçaient une lutte constante entre eux par l'intermédiaire des feuilles, une bataille au ralenti pour le soleil. Je marchais, jusqu'à tomber sur un buisson isolé, buisson portant des soleils rouges, j'en mis un dans ma bouche et j'eus l'impression de manger la forêt, de sentir la vie et la fraîcheur du bois emplir ma bouche. Elle revint à moi...
La plaine, immensité lumineuse, embrassa mon regard ébahi. Le vent caressa mes cheveux, tel une mère attentionnée. L'odeur de l'herbe était là plus forte que jamais, une odeur qui disait : « n'oublie pas que ça vie ». Cette vie, cette herbe...Herbe dont le goût rappelle la forêt, la terre et le soleil à la fois, mélange de saveur inimitable. Et c'est reparti...
La vue était magnifique, je pouvais voir « la forêt de la vie » et « la plaine du soleil », je pouvais voir l'infini se dérouler sous mes yeux. Le froid m'étreignit et je m'assis sur la pierre, une pierre dure, une pierre sur laquelle se trouvait le monde, une pierre qui voulait grimper vers les étoiles. La neige tomba, un flocon sur la langue me révéla la pureté de l'eau, celle qu'on ne peut pas atteindre. L'air y était si pur, on aurait dit que le froid y devenait une odeur. Je sautais de la montagne...Je sautais vers les étoiles...Leur lumière illuminant mes yeux...
Je retombai dans l'eau, son contact me ramenant à ma genèse, son contact me ramenant là d'où nous venons tous. Aucun bruit...C'était le monde du silence, un calme reposant, le seul vrai silence du monde... Le bleu de l'eau jouant avec les couleurs des poissons, une festival aquatique, un festival de couleurs et de silence...L'eau salée emplit ma bouche, fusion ultime entre l'eau et la pierre. Je remonte vers le ciel, je remonte vers ces lumières qui m'appellent...
Je retrouve mes esprits. Je vois la ville, une ville grise et sombre. Je sens la ville, des odeurs de pétrole et de déjection. Je goûte la ville, pire que l'odeur. Je touche la ville, une pierre comme celle d'une tombe. Et dire qu'on a pillé « la forêt de la vie », « la plaine du soleil », « la montagne vers les étoiles » et « l'océan de silence » pour ça, pour une tombe qui se veut plus grande que la Nature ?
Depuis j'essaye d'y retourner, mais je n'y retrouve qu'un incendie dont l'odeur m'étouffe, des bruits de machines assourdissantes, des immensités de gris, un air au goût de poison...Voilà la punition de l'homme.